LE TUFFEAU A LANGEAIS www.amoureuxduvieuxlangeais.fr - 2016 L’Histoire des hommes est en grande partie conditionnée par la nature du sous-sol. Ce dernier détermine les  qualités du sol donc la végétation spontanée ou générée par l’Homme.   De ce sous-sol va dépendre également la nature, la forme, la décoration  de l’habitat et des monuments et  souvent aussi l’économie d’une région. La pierre de tuffeau, présente dans toute la vallée de la Loire et de ses  affluents va par sa couleur, son aspect doux et lumineux, donner son identité culturelle au Val de Loire. La présence du tuffeau et son impact sur le paysage  ont été des facteurs qui ont  influé sur le classement du  Val de Loire au Patrimoine Mondial.   ORIGINE GEOLOGIQUE DES TUFFEAUX APERCU DES EVENEMENTS GEOLOGIQUES QUI ONT MARQUE LA TOURAINE Notre région a subi de nombreuses péripéties au cours des temps géologiques. La Touraine repose sur un sol cristallin hercynien (-400 à -245 millions d’années.) Entre -245 et -65 millions d’années la Touraine a subi de nombreuses transgressions et régressions marines. C’est pendant  ces périodes de submersion que des sédiments importants se sont déposés. Lorsque la Loire a creusé son lit elle a entaillé  ces roches. De part et d’autres du lit nous observons des formations de la fin de cette longue période que les géologues  dénomment : Crétacé supérieur. LES TUFFEAUX LANGEAISIENS A Langeais, sur la rive droite de la Loire on observe des variétés de calcaires crayeux aux caractéristiques lithologiques et  paléontologiques particulières qui datent du Turonien et du Sénonien (-90 à -60 millions d’années.) On donne  à ces  formations le nom général de TUFFEAU (représenté en vert clair et vert foncé sur la carte ci-dessous). On distingue le Tuffeau blanc du Turonien moyen et le Tuffeau jaune. Le Tuffeau blanc du Turonien moyen C’est un calcaire tendre, sableux, micacé et de couleur gris verdâtre à blanchâtre. Cette craie micacée est pauvre en  fossiles. On y rencontre de rares ammonites, fossiles stratigraphiques courants qui disparaîtront brusquement à la fin du  Crétacé, quelques inocérames (genre de bivalves marins) et dans les couches supérieures des oursins et des  brachiopodes. Le Tuffeau jaune du Turonien supérieur Au cours de la formation de cette roche on accuse une diminution de la profondeur de la mer. Le sédiment calcaire qui se  dépose se charge en sable quartzeux. Ce tuffeau est de couleur jaunâtre, grossier et poreux. Notons pour mémoire que c’est pendant cette période que les faluns de Touraine vont se former. On peut  observer ce  faciès à la limite de Langeais et de Saint Michel sur Loire à la faveur d’une faille appelée par les géologues « faille de Pont  Boutard ». EXPLOITATION SOUTERRAINE DE LA PIERRE Dès l’époque gallo-romaine le tuffeau a été exploité en Touraine pour la construction des monuments. Cette activité a atteint  son apogée entre le XIè et le début du XXè siècle.   L’exploitation en carrières souterraines a été la technique d’extraction la plus couramment utilisée. Cette roche contient un grand pourcentage d’eau ce qui la rend facile à travailler dans son milieu naturel. Sa propriété  essentielle est de durcir à l’air libre. TRAVAIL EN CARRIERES        Extraction Ce travail se faisait à la main et les outils n’ont pas changé au cours des  âges. Le pic était utilisé pour démarrer les tranches dans le front de taille. Il  permet également au carrier de dégrossir les blocs en carrières. A coups de pics le carrier attaque la paroi en faisant des saignées tout autour du bloc à extraire. Ce bloc était appelé « banc ». Celui-ci est détaché à l’aide de coins en bois très dur, trempés dans l’eau  pendant plusieurs jours afin d’être bien imprégnés puis séchés. Le carrier introduit les coins secs dans la saignée. Ce sont les coups et les  vibrations qui vont permettre de détacher le banc du reste du rocher. La dalle abattue avoisinait les 3 m de haut sur 2,5 m de large et 40 cm d’épaisseur.  Elle pouvait peser jusqu’à 3 tonnes. Le front de taille recule au fur et à mesure que la roche est extraite et les  galeries prennent naissance ou s’agrandissent. Une fois le banc à terre, il fallait découper les blocs de différentes  dimensions en fonction de la demande. Front de taille du tuffeau Découpe du banc Il était découpé à la scie en blocs plus petits. La pierre qui restait, encore irrégulière, était équarrie au « marteau tailleur ». Chaque tailleur possédait sa propre marque (chiffres et lettres) et marquait les pierres qu’il avait taillées. Il était payé à la  tâche. Dans certaines caves on retrouve des traits sur la paroi rocheuse qui comptabilisent le nombre de blocs extraits. A la fin de toutes ces opérations le bloc faisait de 30 à 35 cm d’épaisseur. L’ensemble de  ces travaux se faisait en carrière. Tout d’abord parce que la taille produit beaucoup de déchets : on ne  transporte que la matière utile, le transport est cher. D’autre part, il faut tailler les blocs en atmosphère humide, avant que  ceux-ci ne sèchent et que « le calcin », couche protectrice dure, ne se forme. Les blocs étaient sortis de la carrière à l’aide de chariots puis transportés en charrettes jusqu’aux ports. Là, chargés à fond  de cale, ils étaient acheminés en gabarres au fil de la Loire et de ses affluents vers les sites de construction du Val. Une partie de ces opérations s’est mécanisée au XIXè siècle. Le pic a été remplacé par des « haveuses », les grues ont  allégé la difficulté physique  mais le travail du carrier reste un travail difficile, physique et dangereux. L’exploitation des carrières continue dans différents points de la Touraine et de l’Anjou (surtout pour la restauration des  monuments anciens) mais a complètement disparu à Langeais à la fin  du XIXè siècle.   LES CONSTRUCTIONS EN TUFFEAU A LANGEAIS Le tuffeau est la pierre  qui donne son unité et sa luminosité au Val de Loire. LE DONJON DE FOULQUE NERRA De couleur blanche à légèrement ocrée, le tuffeau va  servir (associé à d’autres matériaux : tuiles, silex) à la  construction du donjon de Foulque Nerra. « Le faucon  noir » a fait construire sur un éperon rocheux dominant la Loire un château dont il ne reste que le donjon. On prétend, à juste titre sans doute, que Langeais  possède le plus ancien donjon carré de France. L’EGLISE SAINT LAURENT Cette église romane bâtie en tuffeau est l’une des mieux  conservées de Touraine. Ce  sont les moines de l’abbaye de Beaulieu les Loches qui ont fondé ce prieuré au  temps de Foulque Nerra c’est-à-dire vers 1040. Jusqu’à  la Révolution le prieuré a aussi été le siège d’une  paroisse. Vestiges du château de Foulque Nerra Eglise de Langeais au début du XXème siècle. L’EGLISE SAINT JEAN BAPTISTE DE LANGEAIS Un premier édifice a sans doute été bâti  peu après la fondation de la  paroisse par Saint Martin au IVè siècle. Sur le côté sud de l’édifice, à la  base, on remarque un mur construit « en petit appareil ». Ces pierres de  tuffeau assez petites, très régulières, sont caractéristiques des  constructions  romaines. On retrouve bien-sûr le tuffeau dans l’édification du clocher-porche et de  l’église bâtis aux XIè et XIIè siècles. Au XIXè siècle une restauration  malheureuse a détruit les transepts et une partie de la nef de l’église.  Heureusement abside et absidioles romanes ont été conservées. La  corniche supérieure du chevet est soutenue par des modillons sculptés  dans la pierre de tuffeau. LE CHATEAU C’est évidemment l’édifice majeur et emblématique de notre Ville  entièrement construit en tuffeau blanc de la région. Côté rue, il nous offre une façade médiévale avec son pont-levis.  On peut déjà remarquer un beau travail du tuffeau au niveau des  mâchicoulis. Côté jardin nous allons trouver tout ce que l’art de la  Renaissance a réalisé sur le plan architectural : grandes fenêtres à  meneaux, pinacles qui surmontent les ouvertures de la toiture,  dessus de portes ouvragés... Château de Langeais côté rue Château de Langeais côté jardin On peut remarquer sur le mur d’enceinte des moellons de tuffeau  jaune. Il est à noter la belle conservation de tous ces monuments anciens.  Mais ne soyons pas chauvins !! Le tuffeau est aussi une pierre qui  s’effrite, qui devient poreuse et gélive au fil du temps. Le bas des  édifices notamment subit  quelques dégradations. La Maison de Rabelais, face au chateau de Langeais, ornée de pilastres LES MAISONS DU XIXè SIECLE Les rues, les places de la ville sont toutes bordées de maisons en tuffeau. Langeais a profité de l’essor économique du XIXè siècle et nous a laissé maisons  et châteaux  qui forcent l’admiration du visiteur. Les façades nous montrent le magnifique travail des sculpteurs sur tuffeau.  Entourages et dessus de fenêtres, de portes, frises travaillées sous les toits sont  de véritables chefs d’œuvre que l’on peut découvrir dans toute la Ville ancienne,  groupée autour de son château. Une maison près du château de Langeais QUE RESTE-T-IL DES CARRIERES ? La ville de Langeais est véritablement truffée de carrières désaffectées, d’ailleurs une « zone non aedificandi » s’étend  entre la Ville basse, ancienne, et  la Ville haute, nouvelle. L’HABITAT TROGLODYTIQUE L’Homme a utilisé très tôt les cavités naturelles. Ainsi l’homme de Néanderthal a vécu dans la grotte de la Roche Cotard  située à Langeais. Cette grotte a été découverte fortuitement lors des  travaux du chemin de fer  de la ligne Tours-Nantes qui  nécessitaient beaucoup de terre de remblais. Il est  vraisemblable que d’autres grottes aient été habitées au  cours des temps préhistoriques mais leurs entrées sont  masquées par la terre apportée par les eaux de  ruissellement. Les anciennes carrières forment des galeries souvent  longues de plusieurs mètres voire dizaines de mètres et  creusées sur plusieurs niveaux. Elles ont servi  d’habitations depuis le Moyen Age. Cet habitat  troglodytique domine la vallée de la Loire et de ses  affluents et  lui donne son originalité. Il est en partie à  l’origine du classement de la Loire au patrimoine  mondial.   La grotte de la Roche Cotard à Langeais En arrivant à Langeais par le sud, l’est ou l’ouest vous serez  séduits par la vue de notre coteau de tuffeau, percé de caves et  d’habitations. Dans cet habitat la température est constante et voisine de 13°.  En hiver une flambée dans la cheminée aménagée dans la roche  suffit à maintenir une température agréable. Le conduit débouche sur le plateau. Bancs, éviers  sont également taillés directement  dans le tuffeau. Ces grottes servaient également à abriter les animaux : étables,  poulaillers, clapiers bénéficiaient de ces endroits protecteurs. Après avoir été négligé pendant tout le XXè siècle, l’habitat  troglodytique connaît un regain de faveur et est aménagé en  habitat « moderne », en chambres d’hôtes ou en restaurant. LES CAVES A VIN En se promenant sur nos plateaux, couverts de  vignes, il n’est pas rare de tomber nez à nez avec  un trou d’environ 80 cm de diamètre.  Ces «  cheminées » débouchaient directement dans un  pressoir creusé dans le tuffeau sous jacent. Dans notre région vinicole, les galeries  d’exploitation de la pierre étaient et sont encore des  lieux où le  « grollot » se transforme en vin mais  aussi où le vigneron entrepose les bouteilles pour  les conserver et les faire vieillir. Si les habitations prennent peu à peu la place de la  vigne, notre ville est toujours classée en AOC… Et de nos jours, dans ces caves, les langeaisiens  gardent de bonnes bouteilles que l’on déguste sur  place entre amis. Un certain nombre ont été  transformées en salle de réception. Fins d’années,  fêtes de famille, réception diverses se font dans «  les caves » que l’on peut louer à défaut d’en  posséder une... Une maison troglodytique La cave troglodytique des vignerons de Langeais vers le milieu du XXè siècle LES CHAMPIGNONNIERES Ces galeries ont servi aussi pour la culture du champignon de Paris et maintenant des pleurotes. Pas besoin de lumière pour cultiver  les champignons ! Mais  l’humidité élevée, la température constante de nos caves  ainsi que la facilité de régulariser la circulation d’air en font des lieux propices à la myciculture. A Langeais, la culture du champignon de Paris se faisait dans des galeries qui faisaient plusieurs centaines de mètres.  L’entrée se faisait en face de la gendarmerie et on ressortait rue Rabelais. Et ce n’était pas une galerie rectiligne… Des  diverticules, des recoins sans nombre font qu ‘il est facile de s’égarer. Tous les ans, à Langeais, sous l’œil vigilant d’anciens champignonnistes, se déroule une marche des troglodytes. Même si  les lampes à acétylène éclairent  les galeries, mieux vaut suivre les conseils avisés des organisateurs. Ici, la culture s’est faite en meules : bandes régulières  de fumier de cheval, ensemencées de mycélium et  recouvertes de falun. Après chaque récolte on devait  sortir la meule, nettoyer et désinfecter les galeries. Pour faciliter les opérations de manutention, on s’est  orienté vers la culture en sacs plastiques, placés sur  des tapis roulants. Ceci permettait une automatisation des différentes opérations : remplissage du sac avec  le compost, brassage de celui-ci, acheminement des  sacs dans les galeries  et évacuation de ce dernier et  enfin, cueillette à hauteur. La champignonnière est restée ouverte jusque dans  les années 80. Corrélativement une usine de blanc de Champignon  ou mycélium s’est installée sur la zone industrielle  sud de la Ville en 1985. Le tuffeau à Langeais a joué un rôle économique important notamment aux XIXè et XXè siècles. Il nous reste  une industrie, des caves, un habitat troglodytique développé, de beaux édifices en tuffeau et les châteaux. Cet ensemble attire chaque année plus de 120 000 visiteurs. Ce chiffre en constante progression montre  l’attrait de nos concitoyens pour leur patrimoine culturel bâti. Les anciennes champignonnières de LANGEAIS Détail des pilastres de la Maison de Rabelais LE CHATEAU DE LANGEAIS, un château de transition entre le Moyen Age et la Renaissance A 25 km à l'ouest de Tours, le château de  Langeais est l'un des plus intéressants du  Val de Loire grâce au travail de son dernier  propriétaire, M. Jacques Siegfried qui l’a  légué à l'Institut de France en 1904. Il  s'attacha notamment à redonner au château  le décor d'une demeure du XVè siècle.  Meubles, tapisseries, boiseries, tableaux,  sculptures... tous ces objets représentent un  ensemble tout à fait exceptionnel et  restituent dans les moindres détails  l'époque du XVè siècle A la fin du Xè siècle, le puissant comte  d'Anjou, Foulque Nerra, fit construire le  donjon, l'un des plus anciens de France,  dont les ruines se dressent aujourd'hui dans  le parc du château. Forteresse durant des siècles, le château de  Langeais, tel qu'il se présente à nous, fut  élevé par Louis XI entre 1465 et 1469.  Construit rapidement et épargné par les  remaniements, il présente de ce fait une  grande homogénéité.  De l'extérieur, c'est une forteresse féodale  avec des hauts murs, des grosses tours  rondes surmontées de toits en ardoises,  chemin de ronde couvert à créneaux et  mâchicoulis, pont-levis en état de marche...  Moins austère, la façade intérieure du  château évoque quelque peu la Renaissance  avec ses fenêtres à meneaux et ses lucarnes  au gâble orné de crochets, ses portes  d'entrée surmontées d'arcs en accolade...  Intérieurement,  les salles sont  ornées de grandes  cheminées, de  tapisseries... Bien  meublé, Langeais  offre un aspect  beaucoup plus  vivant que la  plupart des autres  grands châteaux.  On peut observer au pied du château des  maisons moyenâgeuses qui nous  montrent encore pilastres et fenêtres à  meneaux et qui elles aussi ont subi les  outrages du temps. Carte géologique de Langeais et de ses environs